"la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette" [Maryse Hache / porte mangée 32]

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journalier 25 01 19 - rapprochement

vendredi 25 janvier 2019, par C Jeanney



- « On vit depuis toujours dans des maisons de pisé et de planches, avec une chaise dépaillée, pas de feu, mâchant du mauvais pain. Alors, la colère monte autant que les salaires veulent baisser. Dans la journée du 28, l’émeute s’étend. On vient de tous les quartiers alentours, depuis l’autre côté de la Seine. On ramasse au passage les flotteurs, les mendiants qui couchent sous les ponts ; et le soir, on parvient à forcer l’entrée de la folie Titon. C’est la revanche de la sueur sur la treille, la revanche du tringlot sur les anges joufflus. La voilà la folie, la folie Titon, là où le travail se change en or, là où la vie rincée mute en sucrerie, là où tout le turbin des hommes, quotidien, pénible, là où toute la saleté, les maladies, l’aboi, les enfants morts, les dents pourries, les cheveux filasses, les durillons, les inquiétudes de toute l’âme, le mutisme effrayant de l’humanité, toutes les monotonies, les routines mortifiantes, les puces, les gales, les mains rôties sur les chaudières, les yeux qui luisent dans l’ombre, les peines, les écorchures, le nique de l’insomnie, le niaque de la crevure, se changent en miel, en chants, en tableautins.
La foule court dans les jardins de la manufacture. On se presse entre les petits massifs vert tendre, on traverse la rivière de l’Inclination par le petit pont de l’Estime avant de se retrouver pris entre les bosquets dans le secret des riches. Des groupes s’arrêtent au pied de la maison, sous la façade sublime, admirant frontons, balustrades, et éprouvant eux aussi, un instant, une sensation de grâce, d’équilibre, bluffés par le souci de proportion et de symétrie. Mais l’ordre et la beauté ne tiennent pas longtemps. Il vient à la foule une sorte de dégoût. Le charme ne prend plus, la majesté de la folie Titon se dilue entre les graviers de la cour. Il ne reste que la folie, celle des grandeurs, avec son crâne percé de trous
. » (14 Juillet, Eric Vuillard)

- « — Si demain matin j’ai une idée géniale pour remplacer Google et que ce soir je crée cette entreprise, elle ne vaut rien… Mais avec mon idée géniale, dans une semaine, elle vaudra peut-être un milliard, deux milliards si je la cote en bourse. Est-ce que ça fait de moi quelqu’un d’ultra-riche ?
— Oui, si vous la vendez.
— Si je la vends. Mais est-ce que c’est fondamentalement scandaleux, si j’ai cette idée géniale ?
 » (LCI, 21 janvier 2019)



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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • Un Gilet jaune... sans culotte, on n’a jamais vu ça !
    Le dernier Vuillard n’était pas mal non plus.
    Les Pinçon-Charlot s’en pincent les yeux : il y aurait donc des "très riches" dans ce beau pays ?
    "Les enfants !", nous tance Macron.
    Vite, retour à l’école pour réviser l’Histoire de France et la période sous Pétain.

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