TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note des mains

mardi 15 septembre 2026, par c jeanney

Il y a une différence entre être quelque chose et être quelqu’un. Être quelque chose égale faire quelque chose. Je suis ce que je fais. Être quelqu’un passe par utiliser des codes, envoyer à la ronde une surface réfléchissante ou acceptable, ou fabriquée musicalement, chantournée, arrangements en vue d’une réponse. Être quelqu’un enfile un vêtement, une "tournure", la "bande d’étoffe raide ou empesée que les femmes mettaient autour de leurs reins pour faire bouffer leur robe" dit le Littré. Je crois qu’être quelque chose ou être quelqu’un se voit dans l’écriture. Si j’écris le coup de téléphone avec T, sa paupière qu’elle me dit pendante, l’opération, la douleur, la greffe et ses "je n’en peux plus" qu’elle doit ponctuer d’un geste de la main, ses si belles mains qui m’ont tenue contre elle quand j’étais plus fragile qu’un flocon de poussière, je serais elle, avec elle et en elle, près d’elle, même si c’est illusoire pour des questions géographiques et temporelles. Je serais ce que je fais, temps d’un fragment, l’aimer, je serais ce quelque chose. Si j’accapare ses mains, que je les utilise de façon à porter un visage, une tournure, phrases attentives à l’effet produit, habillées, tacticiennes, je suis quelqu’un. Je commence à vieillir plutôt bien, à vieillir bellement, à ne plus tenter d’être quelqu’un, mais quelque chose. À distinguer aussi les phrases qui sont des phrases qui font. J’ai lu des phrases ce matin qui semblaient tranquillement sincères, et presque familières, comme sans posture, mais, réellement, j’ai vu le vêtement sous la désinvolture. Ces phrases disaient "aimez-moi, je suis quelqu’un qui va savoir-vouloir se faire aimer", c’était des phases qui faisaient quelqu’un. J’ai lu des phrases hier, des phrases de M B, il racontait un de ses rêves et ce qu’il écrivait était, il était quelque chose. Il était le rêve et le rêveur et chaque indice écrit. C’est comme dans le film de Paradjanov, Sayat Nova, je reviens tous les jours vers ce film, pas un seul jour sans qu’il m’atteigne, et je crois que c’est parce qu’il est quelque chose et qu’il n’est pas quelqu’un. Je le regarde, je suis quelque chose moi aussi. Je suis la paupière pendante et l’amour.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

  • « ô » toi fragile flocon de poussière (fragile mais tenace) ô toi qui parle des mains qui tracent la douleur et les sentiments je te veux "quelqu’un qui va savoir-vouloir se faire aimer" et oui c’est beau d’être la paupière tombante et l’amour

    • (merci Brigitte+++) (et donc, j’ai voulu chercher dans la boite de diapositives une image de T, j’ai pioché au hasard en me préparant à fouiller un peu et c’est celle-là en premier qui est sortie) (donc un signe assez musclé dans la catégorie poids lourds des signes))

  • (Sayat Nova est aussi un des films préférés de Guy Bennett - il aime assez Paradjanov (moi aussi pas mal beaucoup mais j’y trouve un peu (trop) de "brouillard") - dans cette série lyrique vers l’Oural, je crois préférer Tarkovsky (et plus loin encore vers l’est, j’aime assez Akira Kurosawa (avant ça malgré tout ce qu’on peut lui trouver d’idéologique Eisenstein) (les goûts classiques des études cinématographiques stuveux) - ce lyrisme-là qui est adossé à la "vraie" histoire) - en tout cas, la diapo est chouette (années 60) et j’ai l’impression de distinguer derrière toit (c’est bien toi) et T. (c’est bien T) ce genre de housse pour voiture qu’on met pour les protéger quand on ne les utilise que peu (et qu’elles sont des objets dont il faut prendre soin...) (je m’accorde aussi"avec"le"reste des "quelques choses" et des "quelqu’un.es")

    • (oui, je pense aussi voir une housse, la rue se trouve en italie, si on pouvait tourner la tête à droite, on verrait la rue qui s’arrête net, bande de sable et mer, je crois que les vacanciers propriétaires de la voiture veulent la préserver du sable, et vu qu’ils mettent une housse, on peut penser qu’ils vont rester ici plus de deux jours) (et d’après mes calculs, vu l’âge que j’ai sur cette photo, cette année-là j’ai été baptisée là-bas, sans doute à l’église notre dame du sacré cœur, place san margherita, la plus proche, on a dû y aller à pied) (merci Piero +++)

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