block note - en veille
lundi 8 juin 2026, par
Pourquoi continuer à faire ce que l’on fait est une bonne question, mais elle est dangereuse. Si l’on s’appesantit sur le pourquoi, on risque de ne plus rien faire du tout, par inquiétude sidérée. C’est quand même très pénible d’en savoir un peu plus que la veille sur Borges et Pinochet. Il faut encore que je change mon bureau de place. Peut-être que, par moment, le besoin d’écrire ressemble à se tortiller dans le lit sans arriver à trouver le sommeil, à changer de position sans cesse en espérant une accalmie. Je me tortille dans les draps de mon bureau pour trouver la bonne position, face à la fenêtre, dos à la fenêtre, de profil par rapport à la fenêtre, côté droit, côté gauche, je fabrique un désordre et ça demande une bonne organisation, car j’ai beaucoup trop de choses, des boîtes, des cartons, des rubans, des toiles, des rouleaux de scotch, des pochettes, des papiers, tellement de papiers, à faire passer d’un endroit au suivant, selon le cadran du bureau qui tourne. Et puis j’ai l’illusion de la promesse du vide comme beauté reposante et fertile, le mythe de vouloir faire le vide devant mes yeux pour que tout aille mieux. J’avais accès à une vraie chambre monacale pendant ma résidence à l’imec : un lit + une chaise + une table + une fenêtre avec rebord en pierres ancestrales nées avant l’invention de l’électricité, le symbole même de l’ascèse. Je n’ai jamais rien écrit dans cette chambre. Je préférais les jardins ou la bibliothèque, voir des couleurs, des formes, des choses à prendre en amitié. J’ai des boîtes et des rouleaux d’amitié à déménager. Ça se cogne aux murs, forcément, ils ne sont jamais assez larges. J’ai le mythe de l’espace aussi, l’illusion qu’avec plus d’espace j’arriverais mieux à (à quoi ?) (d’où vient cet imaginaire plus ou moins conscient de grands espaces vides désirables ?), alors que, dans la réalité, c’est toujours arriver à trouver le sommeil d’écrire qui compte. À quoi ça tient, comment ça se mesure en centimètres ou en objets je ne sais pas.
.
(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)



Messages
1. block note - en veille, 8 juin, 18:19, par brigitte celerier
je tourne et je me retourne devant ma table, comme quand je me demande si vraiment je vais abandonner le lit, et tant pis je me lance
reste à trouver dans le trop de bazar quelque chose à dire, sauf j’aime ta façon de le faire bie. entendu
quant à l’espace, je sais qu’avec moi il se remplira irrémédiablement... alors non