TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - forces

lundi 6 juillet 2026, par c jeanney

Mon ipad vieillit, je ne sais plus l’âge qu’il a, je ne sais plus à quel moment j’ai commencé à l’appeler "mon vieil ipad". En tout cas, depuis quelques semaines maintenant, il ne supporte plus que je lise. J’ouvre la bibliothèque et je commence ou je continue un livre, jusqu’au point où mon esprit est totalement pris par la lecture, et c’est à cet instant précis qu’il s’éteint. Cela peut se reproduire quatre ou cinq fois d’affilées, avec le temps de latence de la réouverture du même livre multiplié. C’est un bon marqueur. Si je réessaye, et encore et encore, de lire un livre malgré les interruptions, c’est que ce livre me dit peut-être quelque chose d’important. En tout cas, le livre que je lis ce matin oui. Ce n’est pas la question de sa forme, c’est plutôt que celui qui parle est ancré dans un terreau qui a les mêmes caractéristiques que le mien, et je suis curieuse de voir comment il s’en sort, à quel moment il y a trahison. Je suis de la même classe sociale que lui, et la trahison est obligatoire, on ne se demande pas si elle est là, on se demande où. Les moments où mon vieil ipad s’éteint me donnent le temps d’y penser. Avec la trahison, il y a l’affirmation de soi. Quelles forces externes assurent le geste. Je pense au filet des trapézistes, au rembourrage des boxeurs, au canapé accueillant de la thérapie. Quelle force interne a pu mobiliser ces forces externes pour en faire un flot de mots qui tiennent. Qui "tiennent" dans tous les sens du terme, qui tiennent ensemble, se retiennent l’un l’autre, et qui tiennent à dire, qui tiennent à ne pas renoncer. D’où viennent ces forces internes et externes qui assurent la parole, comme on assure la réception au sol d’un enchaînement de gymnastique. Je vais peut-être ouvrir une nouvelle rubrique sur mon site. Je cherche le titre. Mon cerveau pour je ne sais quelles raisons coq à l’âne fait le lien avec le poème de Supervielle qui finit par ’nous creusâmes ensemble nos fosses pour la nuit’ [1] et j’aime beaucoup ce mot, "fosse", son côté écarté et incertain, c’est à part, et c’est rempli d’on ne sait quoi. Le problème avec "fosse", c’est que c’est un peu déprimant, et que ça pourrait freiner les forces internes externes qui assurent les gestes.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)


[1je l’ai cherché tellement de temps que j’oublie à quel point il est rare pour moi, j’en ai une capture d’écran, je crois qu’il a été écrit pour une revue, je n’en sais pas plus

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