block note - la chenille
mercredi 11 mars 2026, par
J’ai lu deux textes ce matin, à la suite l’un de l’autre, ils sont aux antipodes, aux extrêmes, pas seulement pour ce qui est de leur sujet, de leur vocabulaire ou de leur construction, qui au final sont des détails presque secondaires, vu qu’ils pourraient porter sur le même sujet, ça n’empêcherait pas le grand écart entre eux. Ils pourraient se concentrer tous les deux sur la même fenêtre à décrire, ou le même personnage à faire parler qu’ils partiraient dans deux directions opposées, l’un du côté de la vie, l’autre de l’aigreur. Je ne sais pas pourquoi certains certaines ne voient pas l’aigreur. Parfois, ça me fait me sentir très seule de voir l’aigreur. Je préférerais pouvoir me dire que le texte aigre n’est pas à mon goût, ou qu’il ne me donne pas l’envie d’en lire plus, et que le goût, l’envie, ça ne se commande pas, et puis je passerais à autre chose. J’aimerais vraiment pouvoir dire ça. Mais je ne peux pas, je suis obligée de garder un peu de cette aigreur avec moi, malgré moi, peut-être parce que je ne sais pas comment la dénoncer, la dévoiler, et en la dévoilant trouver d’autres gens qui hocheraient la tête, approbateurs, parce qu’eux aussi la sentiraient, et on se découvrirait assis sur la même poutre, comme dans Lunch atop a Skyscraper. Je n’ai pas de problème avec l’aigreur en général, mais avec celle-là oui. L’aigreur vécue en soi, tournée vers soi, comme un vêtement porté, une façon de rire, de prononcer les mots, cette aigreur-là, je la remarque, je la constate, elle ne me gêne pas, elle ne m’appartient pas, je peux passer devant comme devant un lampadaire ou devant une de ces voitures avec un T, haïssables, je leur fais un doigt d’honneur dans ma tête et puis je passe à autre chose, le monde est plein de choses aigres, partout, il faut bien faire avec, mais cette aigreur particulière du texte que j’ai lu ce matin, je n’arrive pas à passer par-dessus, parce que le texte en est gorgé mais invisiblement, comme un tissu serait gorgé d’eau, mais à l’œil nu il semble sec. Et ça suinte, ça se répand. C’est une aigreur induite, qui ne joue pas en autonomie, mais qui cherche d’autres lieux et d’autres cerveaux, secrètement, silencieusement. Une aigreur sans y toucher, une aigreur non vocale, et qui emmène une part de moi avec elle, de force. C’est un texte anodin pourtant, visiblement non agressif. Mais comme ces monstres de séries b, une petite main est sortie de son ventre pour m’attraper le visage, l’écraser dans la boue et l’y maintenir. Ma réaction est très excessive sans doute. Mais je tiens à elle, parce que vivre sans que de l’acide suinte de moi et vienne creuser le sol de petits brûlis fumants sous mes pieds a toujours été mon objectif.
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Messages
1. block note - la chenille, 11 mars, 18:46, par brigitte celerier
quelle éloquente façon de nous transmettre cela (je m’interroge sur le texte en question)