block note - maîtriser rien
vendredi 6 mars 2026, par
J’ai lu aujourd’hui deux autres traductions du texte de VW sur lequel je travaille (après avoir fini une première/deuxième/trouzième version, etc.). Celle de X est parfois nébuleuse et il y a quelques contresens. La traduction d’Y est, elle, parfaitement claire et élégante, suivant l’exemple d’une Marguerite Yourcenar, c’est-à-dire tordant la phrase source et la réorganisant pour qu’elle claque. Et ça claque. C’est brillant, sans appel. Ça me déprime un peu. Je ne vais plus pouvoir lire VW traduite par Y, maintenant que j’ai vu l’intérieur des rouages, les différences de constructions/de choix entre la phrase de VW et la phrase de Y. Ou plutôt je saurais que je lis du Y, et pas du VW. Je ne vais/veux pas abandonner, même si ça me coupe les pattes, et dans un premier temps, je pense que je n’aurais pas dû la lire. Parce que (deuxième temps), j’oublie que je ne cherche pas la même chose. Je ne veux pas un résultat clinquant, ni enfoncer mes doigts dans chaque phrase pâte à modeler pour la sculpter. Je ne veux pas prendre l’ascendant sur elle, sur ses mots, les dompter, les faire marcher à la baguette. Je veux apprendre d’eux, entrer en eux, être avec eux, avec eux autour de moi, humainement. Et si au fond j’étais un peu jalouse. Je suppose que lorsqu’on lira ma traduction, on la sentira trébuchante, et inquiète. En lisant celle de Y on a envie de dire bravo. Est-ce que c’est une question de quantité de travail ? Je ne sais pas à quel point Y a sué et transpiré pour sa brillante interprétation. Mais je sais (en l’ayant pratiqué avec Les Vagues), que si je me donnais l’espace, le choix, de tordre les mots pour qu’ils m’arrangent, d’employer mes expressions, mon rythme personnel, mon découpage, d’amener les mots à ressembler à l’idée que j’en ai, mienne et préalable, ce serait plus simple (pour moi), et j’obtiendrais ce qu’on pourrait appeler "un résultat" plus rapidement. Mais (et toujours pour moi), ce serait comme un tambour vide, un son sans propagation. J’aurais l’impression de gâcher, de perdre une occasion immense de ne pas "écrire "comme moi", de perdre aussi de vue le point central, le "pourquoi je fais ça", pourquoi j’aime ce qui se passe dans une traduction. L’écart, le tiraillement, le déport, la marche à enjamber, l’arrivée de l’autre, qui fait carambolage, ou bien accueil. Je vais donc tout reprendre à zéro (ma tactique habituelle), et finalement, ma prochaine version sera peut-être plus stable sur ses jambes de savoir là où je ne vais pas.
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Messages
1. block note - maîtriser rien, 6 mars, 18:15, par brigitte celerier
"ce serait plus simple (pour moi), et j’obtiendrais ce qu’on pourrait appeler "un résultat" plus rapidement. " mais ce serait moins bien
tu donnes le texte au plus près que tu le peux du texte de VW et ainsi tu lui rends hommagen hgonnêtement, sincèrement et ce faisant tu en donnes finalement ta version