block note - se servir
dimanche 26 avril 2026, par
L’outil capture d’écran sur mon ordi est très puissant. En mode vidéo il me permet de cadrer une partie de l’image seulement et je peux capter un bout de chantier disparu, C’est entendu. L’anémone couronnée a des muscles assez forts pour qu’elle se referme le soir et parvienne à cacher le petit globe piqueté d’irisations de sa planète centrale. Vers midi elle le laisse apparent, venez, prenez tout. Le solanum ressort par un trou si loin de son pot, en passant à travers lui et sous la vision humaine imparfaite. Les images c’est pareil, si loin de ce qu’elles ont servi à raconter, venez, prenez tout, et c’est presque sans fin, il y en a tellement. Un banquet s’est tenu à trente kilomètres de chez moi, réunissant environ quatre mille invités, des témoignages d’actes racistes, sexistes, violents, en périphérie de ce lieu festif / nauséabond ont été récoltés, et dénoncés à juste titre sur une plate-forme, elle-même tenue par un salueur nazi, ce qui revient à intervenir à un congrès de chasseurs pour alerter sur la dangerosité des armes à feu et la mort du gibier. Il y a tellement d’images, de mots, de sons, c’est inimaginable, il n’y a qu’à oser se servir, oser est un moyen de sortir des tranchées creusées par des excavatrices pour le moins réactionnaires. Je ne m’éparpille pas. Je crois que les courroies font tourner les engrenages, et que ne pas savoir qu’il y a d’autres options possibles débouche sur du dialogue fermé, comme on parle à sa main. Ça soliloque chez stérin. Ça mâchouille le même chewing-gum avec sa mâchoire prise à l’intérieur chez bolloré. Vraiment, vraiment, le Grand Schniarck Effaceur de Claude Ponti, qui tourne en rond en creusant sa fosse sous ses pas dans Le Tournemire, n’est pas un personnage irréaliste, dont la portée se limiterait aux enfants et aux adultes qui ont gardé l’air ahuri, c’est un portrait très vrai de ce qu’il y a en face. C’est tellement mince en face. Tellement attendu. Tellement mortel. Tellement mortel d’ennui, mortel de mort. Le d dans ehpad signale la présence du mot dépendance. Le remplacer par autonomie est une courroie qui tend vers le Prends sur toi du coach qui braille des injures pour motiver dit-il, faut se secouer, et chacun pour sa pomme, c’est ta faute si tu ne t’en sors pas, si tu ne peux plus te lever, te laver, t’avais qu’à t’empêcher de vieillir, sois un peu autonome. Dépendance dit attention fragile, on doit se bouger pour t’aider, faire cohésion et tenir compte du fait que tu n’es pas coupable. Quand on rêve, si on rêve, on rêve avec des mots, on parle avec des mots, on ne peut pas dire à quoi on rêve sans mots. Au jeu du bonneteau, un gars genre mâchouilleur fait disparaître une bille ou un billet sous un gobelet, et il peut le faire avec un mot, il le peut, plop, disparu le mot dépendance pour à la place voir arriver autonomie, et le mot chômage disparu, on-va-te-virer-malpropre remplacé par plan de redressement, redresse-toi, sois fier et autonome. Il y a tellement d’images et de sons disponibles pour travailler à ne pas servir cet implicite boueux, pour irriguer d’autres rigoles. "J’ai dit rigole, j’ai pas dit marre" disait un sketch des frères ennemis. C’est peut-être un chemin : se désamincir la tête, se démâchouiller sur les bords. Il y a des liens entre le gobelet vide et l’anémone musclée, la sensationnelle anémone, que les excavateurs du genre Néron méprisent. Il y a des liens entre les mots présents et les choses rêvées, les choses pensées, voulues, et celles qu’on ose placer entre ici ce qui cogne et là ce qui échappe. Il faudrait sortir de ses gonds. "De quoi avez-vous peur" dit Adèle C.
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