TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

BLOCK NOTE

block note - spots

vendredi 20 février 2026, par c jeanney

Si je prends l’allégorie de l’écumoire (me dire que je suis, où que je me trouve, placée derrière une écumoire, dont les trous laissent passer sons, phrases, idées, sentiments, images, informations, ainsi déversées et reçues), je me demande comment régler l’ouverture des trous (déjà, est-ce possible ?) (plus ou moins) (l’existence et l’utilisation des parenthèses étant l’une des tentatives de jouer sur la circonférence de ces ouvertures) (dont certaines sont imposées, et d’autres recherchées, ou particulièrement scrutées). Apocalypse vient du grec ancien, apokálupsis, dévoiler, et en latin apocalypsis signifie révélation. En faisant face aux mille et un gestes du quotidien et depuis tant d’années (de plus en plus de gestes, d’années), j’aurais simplement guetté la révélation sous la fiction, ou grâce à elle, en quoi elles (les fictions) nous modèlent, nous apaisent, nous donnent un trottoir sur lequel marcher et/ou trébucher. Par exemple cette fiction qui m’a fait penser que Rosebud était associé à Welles, alors que c’est Herman Mankiewicz qui l’a trouvé. En ce moment je trouve la fiction inquiétante, car elle louvoie entre eugénisme et travail-famille-patrie. J’habite près d’une fiction en forme de cathédrale, et un touriste qui vient d’arriver et qui découvre l’endroit lance, ravi, "on peut pas être mieux !", ce qui est la phrase que ma mère prononce plusieurs fois par jour en me racontant sa vie fictionnelle réinventée à mesure qu’un souvenir passe le trou de son écumoire personnelle. Percer de nouveaux trous est sûrement possible. En boucher certains aussi, si l’on est très déterminé·e. En fait, le terme clé est "passivement". J’imagine une usine d’écumoires automatiques largement distribuées et impossibles à modifier pour qu’elles deviennent personnelles. Pas individuelles. Personnelles. Parfois l’autre qui reçoit ou qui cherche va percer un nouveau trou, même une tête d’épingle, et mon écumoire personnelle en sera changée. Karl Dubost a trouvé la source, la lettre de VW qui passe l’obstacle du temps-passé-fouillis-indiscernable, voilà un trou point de repère offert par le filtre personnel en action, je vois par l’ouverture de la Grange. Une ouverture pas individuelle, mais personnelle. Je n’avais jamais vraiment fait de différence entre ces deux adjectifs. Individuel ne partage pas, ça c’est certain. Personnel si, et parfois plus qu’on l’imagine, à cause des ouvertures qui répercutent les rayons (il y a des schémas techniques qui l’expliquent, diffractions, déformations, miroirs, renvois). Mon allégorie d’écumoire ne fonctionne peut-être pas vraiment, à cause de son métal rigide. Il faudrait du souple, du plissé. L’allégorie de la nuit de cinéma de Charles Laughton, un drap noir tendu devant les spots, serait mieux adaptée, avec sa douceur grave, le dramatique, la cruauté d’une chose aussi légère qu’une chanson, leaning, leaning. VW dit qu’elle va s’acheter des somnifères et du chocolat. Elle saute le trottoir, elle l’esquive. "I escape molestation". Jamais passive. "I now feel very clear, calm, and move slowly, like one of the great big animals at the zoo." Virginia Woolf, 5 mars 1912 (une date de printemps possible).

.

(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

Messages

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.