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"Sobhiyé / Corps de femmes", Gracia Bejjani

mardi 3 février 2026, par c jeanney

Sobhiyé / Corps de femmes, de Gracia Bejjani
des voix de femmes, on commence par elles, par capturer ce qu’elles disent, et le titre Corps de femmes, montre un chemin, une qualité de soin et d’écoute très particulière, c’est particulier d’être une femmes parmi les autres femmes au Liban dans les années 60-70

Sobhiyé : mot cherché sur un site : "La Sobhiyé fait partie des traditions libanaises les plus populaires et les plus en vogue. Elle consiste à réunir des gens, le plus souvent des femmes, qui se connaissent ou qui sont bons voisins, parfois en robe de chambre, parfois en habits décontractés, pour passer une matinée agréable à converser autour d’un café et de petits plats"
le mot Sobhiyé est souligné, c’est un lien, mais il donne sur
La page que vous recherchez n’est plus disponible
ce qui est peut-être logique, années 60-70, ces femmes, on ne sait pas ce qu’elles sont devenues, et justement Gracia Bejjani travaille sur ce "qui n’est plus disponible"

ensuite arrive un portrait d’homme, je me suis dit c’est étrange qu’on commence ces Corps de femmes par un homme, mais c’est pourtant très logique, il a de très grandes oreilles, "mais qui ne servent pas à entendre"
indifférent, "vie au point mort", souvent muet en plus d’être prétendument sourd
mais admirable, admiré, un héros, il porte l’histoire antique d’un corps d’enfant tué sur ses épaules
il est très mystérieux, central, inatteignable, central et inatteignable
c’est un peu ce que sont les hommes ici, dans ce livre, centraux, on ne peut pas les éviter et on tourne en tant que femmes, autour de leurs désirs, besoins, décisions, coups, mais inatteignables, dangereux, imprévisibles, charmants quand ils sont délicats (les plus jeunes souvent)

le centre des hommes, c’est comme tenir un objet parfait, qui s’adapte parfaitement à la main, mais qui va entrer en fusion, brûler la peau, les os, et il faut mettre toute son énergie, en tant que femmes, à cicatriser, pour le saisir à nouveau
on s’entraide, on se répare, c’est-à-dire on répare les dégâts, mais on n’ira pas jusqu’à se débarrasser de l’objet brûlant, ça ne se fait pas
(Liban, années 60-70, moment et lieu extensible à ici ou maintenant, les kilomètres et le calendrier ne protègent pas) (chaque jour trois femmes victimes de féminicide ou de tentatives de, en france en ce moment)

les femmes dans Corps de femmes et le corps, une écriture très corporelle liée aux gestes quotidiens, ce qu’on fait aux ingrédients dans la cuisine c’est le moyen de prendre soin des corps et de rattraper le brusque, l’obligation
"il faut donner, donner de soi pour que ce soit bon" dit la mère aux corps sidérés, aux corps qui doivent composer avec l’attaque, les attaques inattendues et chercher la douceur

ensuite il y a la guerre, comme une prolongation, mais à une température élevée de sidération
"Nous assistions jeunes à une vie qui nous concerne, mais sans nous. Nous cherchons à comprendre, personne ne répond aux questions. Ils parlent beaucoup et se taisent pour nous épargner. Ils nous paralysent de confusion"

et puis il y a un départ impossible, parce qu’on part avec ses brûlures plus ou moins cicatrisées, et la gentillesse des citrons à offrir, des sambousseks, entre "surabondance et privation de nourriture"
la dualité, c’est le départ impossible, mais on s’en va, et dans le corps l’impossible est un visage coupé en deux, limace d’un côté, ange de l’autre

dans Sobhiyé / Corps de femmes, beaucoup de phrases courtes
deux sortes de phrases courtes, celles qui sont des aiguillées, l’aiguille se plante et emmène le fil plus loin, ressort, en trajets courts, biais, ourlet, surjet, cela construit le texte
et d’autres phrases courtes qui sont des coups de canif, ça taillade pour ouvrir des fentes, faire la lumière, examiner sous les tissus de surdité ou de silences
encore une dualité

"Pas si près, tu vas t’abimer les yeux, me dit ma mère. Ma réponse, toujours la même, je fais comment pour voir ?"

--- un extrait du livre lu par Piero Cohen-Hadria à écouter sur L’aiR LU ---

--- hier soir, presque cinquante personnes autour du livre de Gracia sur zoom du patreon de François Bon, et chaque œil, chaque oreille comptait) ---

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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