lycopode rouge
samedi 4 juillet 2026, par
Nous sommes très isolées, très très dures en un sens. Nous nous consacrons entièrement à notre travail, qui est aussi un travail de méditation.
En vrai, c’est très grand et c’est en entrant doucement dans la peinture qu’on la découvre.
Souvent de très grands formats avec un jeu de couleurs simples, mais aussi, en un sens, beaucoup plus compliqué. Nous avons là des rectangles dans un rectangle, sans bornes. Quelquefois coupés en deux avec presque rien et, quelquefois, comme des fenêtres. On a un peu de mal à voir le haut le bas et, quand on nous pose la question, nous répondons que :
- soit les surfaces sont extensibles, c’est-à-dire que la couleur partira de nous pour aller s’irradier vers l’extérieur
- soit les surfaces arrivent de l’extérieur et depuis toutes les directions.
Ça a vibré, c’est ce que ça dit, ça a vibré à force, à force de vouloir sortir de là.
Zéro message politique et zéro anecdote. Par contre une histoire. Une histoire exposée : l’art et la vie.
Nous travaillons de façon presque religieuse. C’est comme un rituel. Tous les jours. Nous nous asseyons et nous regardons, sans nous précipiter. On peut faire lentement.
Ce qui nous intéresse c’est l’expérience. Exprimer des sentiments humains fondamentaux, tragédie, extase, destin funeste, ce genre de choses. Ce qui fait que les gens pleurent.
Nous cherchons à trouver ou à inventer des mythes qui correspondent à ce que nous vivons aujourd’hui. Avec tout ce qu’on ne connais pas, on remplit des bibliothèques. C’est l’occasion de découvrir découvrir découvrir, vigoureusement.
Et aussi l’occasion de faire des comparaisons entre des objets qui n’utilisent pas le même vocabulaire. Comme ce tableau, notre tableau, notre dernier tableau, et cette musique. Et où [Musique] [Musique] [Musique] non [Musique] mais on [Musique] et à [Musique]. C’est une merveille. Il n’y a pas besoin de commenter. C’est assez compréhensible
À partir du moment où il n’y a presque rien, on est obligé de tendre l’oreille et donc d’arrêter de faire son zinzin et de se poser.
La couleur vient faire une coupure dans la toile, un écart, elle vient la perturber de l’intérieur.
Le rouge est la couleur dans laquelle on a le plus de mal à se repérer.
Il nous met en saturation. Il finit par fatiguer, nous fatiguer. Il provoque une espèce d’entrée dans l’immense.
Nous habitons un monde d’images. Si nous entrons dans l’immensité du rouge, nous fabriquons quelque chose qui nous sort de ce monde d’images en nous faisant disparaître.
Qu’est-ce qui est émouvant pour nous dans les couleurs ? Qu’est-ce qui est émouvant finalement dans le fait de se plonger comme ça dans un tableau grand format, rouge, et de plonger dans cette couleur ?
Nous avons tendance à penser que la couleur va plus vite que la pensée. Qu’il y a des œuvres colorées où l’on n’a pas le temps de réfléchir. La toile vient à vous, l’espace vient à vous à une vitesse supersonique. Et éventuellement, après, on réfléchit.
En général, si on y revient, c’est qu’on sent la recherche d’une profondeur, de quelque chose de très pesant finalement, qui pourrait presque être l’inverse du futile, et qui utilise la couleur en ce sens.
Donc on pourrait penser qu’il y a contradiction, mais moi je pense qu’il y a plutôt de la vitesse. Un moyen d’accéder très vite à quelque chose, entre notre cerveau et l’univers. Sa couleur ici est évidemment très intéressante, excepté que, comme vous le savez, les derniers tableaux sont tout à fait noirs.
Je vais vous le faire avec ce qui me reste de jaune.
Ensuite, on prend de l’eau.
Je reviens.
On.
Va prendre un peu de pigment.
Il faut.
Diluer.
Vous avez plusieurs types de pigments. Je les achète tout faits. Vous mettez des pigments directement sur une plaque de verre, qui est votre palette en réalité. On peut le faire sur une plaque de bois. Le verre, l’intérêt, c’est que ça se nettoie facilement. Là, on dilue le pigment dans l’eau. Le but, c’est d’obtenir une pâte. Les adeptes du travail un peu artisanal, c’est des gens très patients. C’est des gens qui aiment. On a presque un pied sur la toile. On peut réfléchir. Qu’est-ce qu’on va faire de cette belle matière ? Et là, ensuite, on peut. Mon pinceau est un peu vieillot. La couche inférieure apparaît. Si on met trop de jaune, c’est moins bon. On a l’impression d’une épaisseur, mais ce n’est peut-être pas le bon mot, parce que ça donne une sensation de lourdeur alors que c’est exactement le contraire. C’est une légèreté profonde on va dire. Alors là, il faut bien doser. J’ai pris ce jaune, mais j’aurais pu prendre un autre jaune, ou bien encore celui-là, ce n’est pas le plus important. Après, je me suis posé la question d’ailleurs, pourquoi aller vers là ? Dans les livres, on dit "voyage". On veut peut-être récupérer quelque chose de cette histoire.
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