TENTATIVES

« la vie ça éparpille des fois / ça chélidoine et copeaux / ça bleuit ça noisette » [Maryse Hache / porte mangée 32]

"VOUS ÊTES ICI"

"vous êtes ici" (4)

mardi 14 juillet 2026, par c jeanney


Nos horoscopes disposent d’une banque de prédictions recyclées périodiquement. Dans nos associations entre planètes et éléments, Vénus est le métal. Nous parquons nos moutons dans de simples enclos couverts de tuiles ou de toits en genêts. Nous plaçons le nord sur des cartes terrestres que nous mettons debout et dans le bon sens. Nous creusons pour planter des agapanthes. Nous élevons des tours dans des zones ventées. Nous les ancrons dans le sol ou dans les fonds marins. Nous fabriquons des composants. Nous installons des composants. Nous gérons les infrastructures adaptées à la manipulation de charges exceptionnelles. Nous affrétons des camions d’explosifs. Nous exportons des denrées rares. Nous frappons une calebasse pour appeler le serpent, ou nous tapons du pied, ou nous sifflons. Nous ne sommes pas sur le même fuseau horaire. À l’avenir, nous trouverons la solution à tout problème donné. Les grains de riz rouleront d’eux-mêmes jusqu’aux foyers pour être cuits, cuisinés, dévorés.


À partir du moment où la température de l’air que respire un humain est supérieure à la température du corps de cet humain, sa fièvre devient sociale, car l’air est social. Ce que les humains soufflent en lui dépend de ce que leur société fabrique. Les merles en ont tiré des conclusions. Dès que l’air respiré par les merles est devenu plus chaud que le corps des merles, ils se sont posés dans l’eau, mâles et femelles, avec l’œil très rond et le bec ouvert, immobiles comme des statues de marbre noir. Un jour on ne verra plus de merles, ni noirs, ni bruns, ni rien, mais avant, ils seront tous figés sur une flaque, un filet d’eau, un bain d’oiseau, et l’œil rond absorbé par le désastre. Les chiffres sont complètement inconséquents. Ils se dirigent vers les personnes inquiètes d’être impuissantes avec plus d’acuité et de maestria. Aussi, ils perdent leur point de vue, leur pouvoir de démonstration. Les chiffres des atrocités n’atteignent pas les yeux de ceux qui les provoquent, ni leur esprit ni leur cerveau, mais remplissent d’équations les couvertures de survie des brancards, les fissures creusées au lit des fleuves à sec et les remblais aux abords des stations d’équarrissage. Le peuple des chiffres a du souci à se faire. Entre les chiffres qui s’associent en transactions boursières et ceux qui cadrent la composition chimique d’une eau empoisonnée, il y a eu sécession. Nous faisons face à deux catégories de chiffres, ceux qui s’arrangent entre eux pour perdurer, et ceux qui font système d’alarme. Ces deux catégories ne s’échangent pas, ne communiquent pas, et elles s’ignorent. Il y avait cette histoire où la langue ne permettait plus de communiquer, avec des mots inversés et des notions défaites, éventrées, ou cul par-dessus tête. Dans la langue il y a des chiffres. Les chiffres sont des mots aussi fragiles que nous, additionnés invisiblement, ou soustraits sans égards, l’œil rond, le bec ouvert.

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(site sous licence Creative Commons BY-NC-SA)

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